Semaine 16 : Le dernier résistant

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Il est réveillé par des coups frappés sur sa porte. D’abord doux, ils gagnent peu à peu en vigueur. Il enfouit sa tête sous son oreiller, espérant que les visiteurs changeront d’avis. Au début, ça fonctionnait plutôt bien : ils se lassaient et se disaient qu’ils reviendraient plus tard. Hélas ! le temps passant, ils sont devenus de plus en plus insistants. Il sent qu’aujourd’hui, il ne pourra pas les éviter. Il rejette sa couette en grognant. Ils attendront tout de même qu’il fasse un brin de toilettes !

 

Avec des gestes lents, il allume son groupe électrogène, puis son chauffe-eau. À cette période de l’année, ses panneaux solaires ne fonctionnent pas bien, et de toute façon, ils seront bientôt fichus, malheureusement. Il faut qu’il songe à remplacer son installation pour conserver son autonomie. C’est qu’il s’est habitué, à ne pas dépendre du réseau public ! 

 

Dehors, on donne de nouveaux coups à sa porte.

 

— Allez, Franck, on sait que tu es là, ouvre-nous.

 

Le ton sympathique et compréhensif ne marche pas avec lui. Il sait très bien pourquoi ils sont là, et il n’abandonnera pas. Il est hors de question qu’il quitte sa petite maison, construite de ses mains, sur un terrain chèrement acquis. Il ne rentrera pas dans une de leur case, c’est hors de question !

 

Avec un soupir, il jette un regard par la fenêtre, vers les autres habitations abandonnées depuis quelques années maintenant. Tout le monde a jeté l’éponge petit à petit et est parti vivre ailleurs, acceptant les nouvelles lois. Pas lui. Jamais !

 

— Franck, nous avons un avis d’expulsion.

 

Son sang ne fait qu’un tour. Pour qui se prennent-ils ? D’un geste rageur, il claque sa tasse sur la table et va ouvrir la porte. Le visage rouge de colère, il fixe le jeune homme qui se tient devant lui. Le jeune élu local, bien-sûr. Une belle gueule d’ange, de belles paroles, mais têtu comme un âne !

 

— Je ne partirai pas !

— Franck…

 

Le jeune homme pousse un soupir las. C’est la dixième fois qu’il vient jusqu’ici, quittant son beau petit village fleuri. Franck n’a pas cédé les fois précédentes, il ne lâchera pas non plus cette fois-ci.

 

— Je ne partirai pas.

 

L’élu perd patience.

 

— Nous ne te demandons plus ton avis Franck ! Ça commence à bien faire ! Tout le monde s’est montré patient et bienveillant, nous sommes prêt à t’accueillir chez nous le temps que tu obtiennes un nouveau chez toi, mais ici, ton mode de vie là, ce n’est plus possible.

 

Ce n’est qu’à ce moment-là que Franck aperçoit les agents de sécurité dans son dos. Cette fois-ci, c’est du sérieux. Il songe un moment à aller attraper en vitesse le fusil de chasse qu’il conserve précieusement. Il n’est pas censé l’avoir en sa possession, mais il n’est plus à ça prêt…

 

— Je ne fais de mal à personne que je sache ! En quoi ça vous gêne, que je reste ici ! Marre à la fin !

 

Franck essaie de refermer la porte, mais l’élu l’en empêche. Ses sourcils froncés montrent clairement qu’il n’a plus aucune patience.

 

— Tu ne fais de mal à personne ? Mais bon sang Franck, ouvre toi au monde un instant, nous ne sommes plus au 21ème siècle ! Ta maison est sur un site sensible, de nombreuses espèces animales viennent y nicher ou passe par là lors de leur migration, tu utilises encore le pétrole et le charbon, tu rejettes tous tes déchets dans le cours d’eau en contre-bas ! À quel moment tu ne fais de mal à personne ? 

— Allez vous faire voir, toi et ta communauté de hippies !

 

Franck claque la porte au nez en râlant. Le monde était devenu fou. À quel moment est-ce que tout le monde avait décidé de s’entendre pour revenir en arrière, sous prétexte de préserver la nature ? Non, non, non. Franck tenait à son confort :  la lumière la nuit, ses appareils électriques, son chauffage, l’eau chaude… Non. Franck n’abandonnera pas tout son confort pour aller rejoindre le reste du monde, même s’il est le dernier à refuser ce changement !