Semaine 17 : Investir sur l’avenir

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Aline glisse quelques pièces dans le distributeur, fébrile. Elle vient enfin de recevoir une réponse positive de ses supérieurs et, même s’il n’y avait aucun doute sur la validation de sa demande, elle n’avait pas pu s’empêcher d’angoisser. La faute aux vieilles habitudes : après tout, la réforme était encore tellement récente !

 

— Et alors ? C’est quoi ce sourire béat, là ?

— Ma demande a été validée !

 

Pour un peu, elle sauterait presque au cou de Pierre, son collègue. À la place, elle sautille littéralement d’un pied sur l’autre. Toute sa vie va changer très vite maintenant, avec le soutien de toute son administration, elle en a la tête qui tourne.

 

— Évidemment qu’elle l’a été ! Tu en doutais, sérieusement ?

— Dix ans plus tôt, on m’aurait ri au nez.

 

Pierre hausse une épaule.

 

— C’est vrai, mais c’est révolu ça. Ça a été long et difficile mais les gens ont compris. Il faut miser sur l’avenir, investir même. Ce ne sont pas des projets à prendre à la légère. Alors oui, ça va être galère de devoir faire sans toi pendant deux ans et demi, mais ça ouvre des opportunités à quelqu’un d’autre, et toi, tu construis l’avenir !

 

Il lève une main et Aline s’empresse de taper dedans. C’est vrai, quand elle y pense, les mots de Pierre sonnent juste.

 

— Et les aides ? Ils ont encore un peu de mal à payer plein pot. Je n’avais eu que la moitié des aides possibles, quand je l’ai fait.

— Ah ? Non, non, j’aurai le montant maximal. 

— Tant mieux, hein !

 

Tout en bavardant, ils se dirigent vers l’une des petites tables rondes de la cafétéria. Aline regarde tout autour d’elle. Elle voudrait pouvoir crier son bonheur et son impatience. Encore deux petits mois à tenir, et elle dira au revoir à ses collègues pour de longs et nombreux mois. 

 

— J’ai tellement hâte !

— Tu m’étonnes ! Ça me manque un peu, j’avoue…  Ton compagnon a fait sa demande aussi ?

— Oui, on a envie de faire ça ensemble en prenant tout notre temps. Il a eu sa validation hier. 

 

Pierre hoche la tête d’un air approbateur. Aline boit quelques gorgées d’eau, croque dans sa barre de céréales, pensive. Ses émotions font les montagnes russes. À présent, elle sent l’angoisse la gagner.

 

— Et si je ne suis pas à la hauteur ?

 

Pierre lui tapote le dessus de la main.

 

— Vous ne serez pas tout seul. Il y a tous les dispositifs d’aide et d’accompagnement. Et franchement, c’est vraiment efficace. J’y ai fait appel plusieurs fois, et ils ont toujours été d’une efficacité redoutable.

— Ça me rassure. Quand j’en parle avec ma mère, j’ai encore du mal à croire ce qu’elle me raconte. D’ailleurs, elle ne veut pas me croire quand je lui explique comment les choses vont se passer.

— Ah ?

— Elle avait été virée tu sais ? C’était mal vu, de tomber enceinte à son époque. Ils avaient trouvé un prétexte. Et alors mon père, il ne fallait même pas qu’il songe à demander un quelconque congé. Il a eu quelques jours seulement je crois.

 

Pierre pousse un long soupir.

 

— Il était temps, que le gouvernement se rende compte que ce n’est pas anodin, d’avoir un enfant et de s’occuper de lui les premières années. Ça m’aurait rendu fou de ne pas pouvoir m’occuper de ma fille. 

 

C’est au tour d’Aline d’acquiescer. Elle pèse sa chance.