Semaine 22 : Exploration sous-marine

62489406_1269634559856571_5528686403984031744_n

James se tient sur le ponton de bois, loin de l’agitation du marché. À cette heure-ci, le quai est désert, tout le monde se bouscule ou se salue entre les étals de fruits, de légumes, de vêtements…. C’est donc le moment parfait pour désobéir aux ordres du maire et tester la viabilité de sa nouvelle invention.

 

Après avoir regardé de chaque côté, il fait signe à Lily d’approcher. La jeune fille se faufile le long d’un bâtiment depuis la ruelle sombre où elle se dissimulait et le rejoint en quelques enjambées pressées. 

 

— Après vous, milady. 

 

James s’incline avec respect en indiquant le sasse de sa machine sous-marine. Lily le gratifie d’une petite tape sur l’épaule pour lui signifier que sa bêtise l’amuse mais que ce n’est pas le moment, puis elle se glisse dans l’engin, non sans une pointe d’appréhension. 

 

— Tu es sûr de ton coup James ? Ce n’est pas pour rien que le maire t’a interdit de tester ton engin. 

 

Le garçon se faufile à son tour dans le vaisseau. Une fois à l’intérieur, on se rend compte qu’il est bien plus grand que ce que laissait supposer la seule partie visible à la surface. La cabine s’étend tout en longueur. À l’une des extrémité, il y a le four et le charbon. Lily remonte ses manches et attrape l’une des pelles pendant que James se dirige vers les commandes. L’immense hublot ne leur permet pas de contempler grand chose : l’eau du port est toujours très trouble. 

 

— Sûr que je suis sûr. C’est totalement injuste cette interdiction. Il veut juste revendre mon prototype aux armées royales pour se faire bien voir. Ça ferait prendre un sacré avantage sur Worthway. 

 

Lily hoche la tête d’un air pensif. L’empire de Worthway se trouve si loin, de l’autre côté de leur propre royaume, que parfois la guerre ne semble être qu’un rêve, le fruit de leur imagination. 

 

— Allons-y alors, répond-elle simplement 

 

James hoche la tête, ravi. Il ne pouvait pas rêver de meilleur compagnon pour cette expérience. Lily n’a jamais froid aux yeux, elle est volontaire et décidée et ne cède jamais à la panique. Une qualité essentielle d’ailleurs, quand on s’apprête à expérimenter une machine sous-marine. 

 

— Le bruit va alerter du monde, et on sera vite obligé de crier pour s’entendre, indique James alors que Lily jette une première pelletée de charbon dans l’immense four. 

 

— Formidable, se contente-t-elle de répondre. 

 

James s’assoit aux commandes et attrape les manettes d’un geste fébrile. Après de longues minutes et une angoisse croissante, le vaisseau se met en mouvement et s’enfonce dans les profondeurs de l’océan. 

 

— Comment on va y voir ? 

 

Lily a si bien œuvré qu’elle est tranquille pour quelques minutes. Elle en profite pour se rapprocher du hublot. Sans rien dire, un sourire fier sur les lèvres, James abaisse un petit levier. Aussitôt, un projecteur envoie un puissant rayon lumineux droit devant. Un banc de poissons s’enfuie. Lily pousse un sifflement admiratif. 

 

— James Rowl, vous ne cesserez jamais de m’impressionner ! 

 

Les joues déjà noires de charbon, la jeune fille colle son nez au hublot. 

 

— Mes félicitations.

 

James incline la tête pour la remercier. Il s’efforce de rester calme, il sera toujours temps de bondir de joie une fois de retour sur terre, même si la milice les attendra très certainement sur le quai. 

 

— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On va explorer Brake Island ? 

 

Brake Island est une zone interdite où l’on raconte que les armées ont une base secrète, qu’un laboratoire clandestin est installé ou que des criminels se terrent depuis des années. Ce qu’on sait réellement, c’est que certains soirs, on y voit la lueur d’un feu de camp. 

 

— J’ai mieux. 

 

James pointe le plancher de l’index, pour indiquer le bas. Lily écarquille les yeux quand elle comprend. La peur lui voile le regard un instant. 

 

— Non, je ne descend pas. 

 

Le garçon pince les lèvres d’un air embêté. Il était sûr que Liy serait partante et cherche un argument pour la convaincre alors qu’elle poursuit. 

 

— C’est tabou James. On n’a pas le droit. On sera puni. Pas par le maire, par les Dieux. 

— On n’en sait rien ça ! On nous en parle souvent des Dieux et de leur colère, mais on a jamais vu aucune preuve ! Et comment on peut apprendre des erreurs passées si on ne peut rien savoir à ce sujet ? 

 

Un silence s’installe. Lily retourne s’activer près du four et on n’entend plus que le sifflement de la vapeur dans les canalisations. 

 

— Tu n’as jamais rêvé de voir la cité engloutie de tes propres yeux ? 

 

Lily lui tourne toujours le dos, occupée à charger le four. Finalement, toujours sans se retourner, elle suspend un instant son geste. 

 

— Qu’est-ce que tu attends ? 

 

James pousse un hurlement de joie et Lily se retourne enfin pour lui lancer un sourire complice. Comment résister à la tentation ? La cité engloutie est dans tous les manuels d’histoire, sur tous les murs des temples…

 

Pendant de longues minutes, le sous-marin plonge. James veille à conserver une progression circulaire pour ne pas s’éloigner de la côte. De toute façon, si tout ce qu’on raconte est vrai, ils ne tarderont pas à apercevoir les premiers bâtiments… 

 

— Là ! 

 

Excitée comme une puce, Lily pointe du doigts les immenses silhouettes qui se dessinent enfin. James pousse un long sifflement. D’un geste sûr, il commence à louvoyer entre les immenses tours. 

 

— C’est exactement comme sur les peintures… 

 

Des centaines de fenêtres au verre brisé ornent les bâtiments. James aimerait pouvoir se glisser par l’une d’elle pour découvrir la vie quotidienne de leurs ancêtres. Un voyant lumineux le tire de ses rêveries. 

 

— Qu’est-ce que c’est ? 

— Rien de grave si on remonte tout de suite. 

 

La jeune fille hoche la tête d’un air appréciateur. 

 

— Pour une première, c’était plutôt cool James Rowl. 

— J’aurais droit à un autre rendez-vous ? 

 

Lily hausse les sourcils. L’audace de James ne lui déplaît pas et elle sourit. 

 

— Pour une nouvelle plongée ? 

— On pourrait essayer de trouver, je ne sais pas… Big Ben ? 

— Ça serait un super rendez-vous. 

 

Les deux jeunes rient. Ils savent que cela n’arrivera jamais. Déjà parce que le maire leur confisquera ce vaisseau porte de de bon dès que possible, et ensuite, parce que Londres est beaucoup trop loin, perdues dans des profondeurs océaniques inaccessibles..