Semaine 25 : Voilà l’été

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Voilà. Les mois les plus chauds de l’année sont là, et avec eux, les grandes vacances. Cela fait déjà deux jours que les enfants ont déserté les bancs de l’école pour aller profiter de beaux moments à la mer, dans les jardins, les champs, les bois. Certains étaient tout excités à l’idée de se rendre chez de lointains cousins à l’autre bout du pays. 

 

D’un geste lent et sans vie, il trace sur le tableau noir la date du jour. Encore cinquante-neuf jours. Il a pris l’habitude de poursuivre ce petit rituel même pendant les vacances : c’est sa façon à lui de compter les jours. 

 

Il repose la craie sur le rebord en bois qu’il vient de dépoussiérer avec soin. Non seulement le temps est long, mais en plus, il se sent totalement désœuvré. Il n’y a pas grand chose à entretenir dans une école sans élève. 

 

Dehors, alors que le soleil se lève à peine, les cigales s’en donnent à coeur joie, régalant la nature de leur chant chaleureux. Bientôt, il fera si chaud dans la petite salle de classe qu’il sera obligé d’aller se réfugier dans la cour, à l’ombre des tilleuls. 

 

En attendant, il aligne les petits chaussons dans le meuble en bois prévu à cet effet, il réorganise le rangement des livres et des jeux. Des voix d’enfants retentissent alors qu’il découvre un trésor caché dans l’un des souliers. 

 

Il lève la jolie bille devant son visage. Elle a des reflets émeraudes, et dans la lumière du soleil, il devine des formes oniriques se dessiner à l’intérieur, comme de jolies volutes de fumée. Après un moment de contemplation, il la remet soigneusement à sa place. 

 

Les battements de son coeur s’accélère, mais les voix s’éloignent. La rue où se trouve l’école n’est pas passagère l’été, mais il sait que quelques fois, il entendra des rires d’enfants et il espérera que ces derniers viennent le voir. En vain. 

 

Son regard balaie l’ensemble de la salle de classe. Il n’y a déjà plus rien à y faire. Il garde le reste de l’école pour les jours suivants, une pièce à la fois. Même ainsi, il aura fini de tout mettre en ordre avant la fin de la semaine. Certains gardiens doivent s’occuper de bâtiments bien plus importants, mais sa petite école de village lui plaît bien mieux. Il connaît chaque enfant, et certains lui amènent parfois une petite gourmandise. 

 

D’ailleurs, pour le dernier jour, ils ont été nombreux à laisser des présents devant chez lui, comme le veut la tradition depuis qu’il s’est installé ici. Rien que de penser aux confitures maisons et aux caramels mous, il salive… Et décide de se laisser tenter. 

 

Après s’être abreuvé à la petite fontaine qui se trouve dans la cour, il s’allonge à l’ombre des tilleuls, sur une petite couverture, et laisse fondre l’un des délicieux bonbons sous sa langue.

 

Un long soupir soulève sa poitrine du petit lutin. Encore cinquante-neuf jours…