Semaine 28 : Nuit d’Halloween

King and lionheart (1)

Cette année, Halloween allait être extraordinaire, à n’en pas douter. Benjamin, lui, n’en doutait pas. Il avait activement participé à la séance de spiritisme géante que d’autres jeunes avaient voulu organiser ce soir-là, dans sa ville, et il avait hâte de voir le résultat. Hâte de voir les esprits des défunts parcourir les rues, effrayer les enfants, faire fuir les petits vieux, pour finalement retourner d’où ils venaient.

Parce que c’était ça le deal prévu : leur ouvrir un peu plus la porte, pour qu’on puisse les voir et les entendre, et ne pas se contenter d’un léger courant d’air frais qui n’impressionnait personne en plein automne. Benjamin n’avait pas eu le droit de s’y rendre, ses parents ne l’y avaient pas autorisé. Sa grande sœur était à une soirée, ses parents étaient au restaurant… Et lui était ainsi coincé derrière son ordinateur, à l’étage, seul dans la grande maison.

Étrangement, il n’avait pas peur. De toute façon, il n’allait pas rester là. Il allait regarder la séance de spiritisme, qui était diffusée en direct sur les réseaux, puis il irait dans les rues voisines pour constater ça de lui-même. Interdiction parentale ou non, hors de question de rater ça !

— Mesdame, messieurs, adeptes du spiritisme en tout genre, c’est parti…

Benjamin se pencha pour mieux scruter l’écran. Les participants s’étaient réunis au milieu du cimetière municipal, malgré les interdictions émises quand le projet avait fuité. D’après les estimations, ils avaient une petite demi-heure avant que la police n’intervienne sur place : c’était largement suffisant.

La séance commença. Benjamin en connaissait chaque mot, chaque instant, tant il avait répété dans l’espoir de pouvoir y être. Il murmura chaque appel en même temps, en direct, espérant que son énergie spirituelle viendrait s’ajouter à celle des autres et aideraient au succès de l’opération.

D’abord, il ne se passa rien. La séance toucha à sa fin et les participants se regardèrent, sans rien dire, un peu perdus sans doute. Benjamin sentait la déception le gagner. C’était impensable qu’il ne se passe rien. La sirène de police se fit entendre. Normalement, la consigne était de se disperser, mais personne ne bougea. On attendait encore, on voulait qu’il se passe quelque chose.

Une stèle de marbre vola en éclat. Benjamin la vit très distinctement dans le fond de la vidéo. Suivie rapidement d’une autre, puis une autre. La panique succéda à la déception. Tout le monde cria, voulut s’enfuir, mais des corps sans vie jaillissaient des tombes. Benjamin coupa le son de son ordinateur. Le cimetière n’était qu’à quelques rues de là… Il se précipita à la fenêtre.

D’abord, il n’entendit rien, puis les hurlements se firent plus proches. Le cimetière était immense, sans compte les fosses communes situées de l’autre côté de la ville, et le cimetière militaire à deux kilomètres de là.

— Bon, se raisonna Benjamin. Il y a eu une erreur dans le process, ça s’est pas passé comme prévu, mais avec un peu de chance, demain matin, c’est fini. Survie jusque demain mon pote. Et croise les doigts pour que la frangine et les parents aussi.

Parler ainsi à voix haute l’aida à stopper net la vague de panique qui le gagnait déjà. Celle-ci le submergea de plus belle quand les premiers morts-vivants apparurent au coin de la rue. Tous les films qui les dépeignaient comme des décérébrés lents et bruyants, faciles à esquiver, mentaient. Ils étaient vifs, beaucoup trop. L’un d’entre eux sembla l’aviser à sa fenêtre, car il se dirigea vers sa maison.

Benjamin n’avait que quelques minutes pour barricader correctement la porte. Si leur force était décuplée, il n’avait pas beaucoup de chance de s’en sortir, mais c’était jouable. Il descendit les escaliers en trombe, poussa l’armoire de l’entrée contre la porte. La collection de petites statues de porcelaine de sa mère se fracassa sur le sol. Juste à temps : un bruit de grattement se fit entendre à l’extérieur.

Alors qu’il poussait un soupir de soulagement, la porte arrière, qui donnait sur le jardin, grinça. Benjamin laissa échapper une volée de jurons et courut se réfugier à l’étage. S’il faisait vite, il avait le temps de se cacher au grenier. Un bruit de cavalcade le poursuivit. Alors qu’il sautait pour attraper la ficelle qui déplierait l’escalier, une masse lui bondit dessus, le projetant à terre.

Benjamin ferma les yeux, attendant la fin. Le mort-vivant était appuyé sur lui et ne bougeait pas. Il… haletait ?

— Sparky… ?

Le garçon se retrourna et retint un hurlement de dégoût quand son chien mort l’année précédente lui lécha le visage.

— Oh, Sparky ! Pas de léchouilles mon vieux ! … C’est si bon de te retrouver…