Ce que je veux écrire maintenant : plus de diversité

juillet 14, 2020

Ce que je veux écrire maintenant : plus de diversité

juillet 14, 2020

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Introduction

Bienvenue pour la suite de cette série d’articles “Ce que je veux écrire maintenant”. Pour ce troisième article, j’aborde un nouveau point essentiel à mes yeux : plus de diversités en tout genre.
 
Il y aurait énormément à dire, mais pour cette fois-ci je fais un article général, pour la simple et bonne raison que c’est la prise de conscience qui a immédiatement suivi celle sur les personnages féminins, et que tout s’est fait en même temps.

Ma prise de conscience

Suite au mouvement Black Lives Matter, j’ai commencé à suivre des personnes concernées pour écouter ce qu’elles disaient, avec soin et avec attention, et en acceptant l’idée que j’aurai très certainement des choses à remettre en question de mon côté.
 
C’est comme ça que, entre autres choses, j’ai été sensibilisée à l’importance de la représentativité en littérature, grâce notamment aux nombreuses explications de La Booktillaise. Je vous conseille d’aller regarder ses vidéos sur IGTV, elles sont très bien faites.
 
Pour résumer : la représentativité en littérature, c’est faire en sorte que tout le monde puisse trouver des personnages auxquels s’identifier. Tout le monde, qu’importe le genre, l’orientation sexuelle, la couleur de peau, les handicaps, la taille, le poids, …

Pourquoi c'est important ?

Cela permet de s’accepter, de se construire. De se dire qu’on a le droit d’exister comme tout le monde, qu’on peut aussi être le héros de son histoire, vivre de belles choses, d’intenses aventures, réussir dans la vie. Cela permet aussi d’intégrer le fait qu’on a sa place dans le monde. 
 
Avoir sa place dans l’imaginaire signifie qu’on a sa place dans le monde. Je ne suis pas concernée, mais j’imagine sans peine le mal que cela fait de lire, de lire, de lire, de lire, pendant des années, depuis son plus jeune âge, et de ne jamais voir un seul personnage qui nous ressemble d’une quelconque façon. Comme si le monde refusait de reconnaître notre existence.
 
L’un des arguments que j’ai souvent pu voir, c’est “on s’en fiche de la couleur, c’est pas ça qui doit caractériser le personnage. Moi blanc ou noir, je m’en fiche.” 
 
En effet, le genre, l’orientation sexuelle, la couleur de peau, tout ça ne doit pas servir à caractériser un personnage. C’est son histoire, son entourage, son expérience de vie, son caractère, ses actions qui doivent servir à le caractériser. Techniquement, un bon personnage est indifféremment blanc, noir, bi, trans, homme, femme (sauf si c’est le cœur de l’intrigue, mais j’y reviens plus loin).
 
Sauf que c’est un luxe de pouvoir penser ainsi. C’est une sorte de biais cognitif. Forcément, on s’en fiche, quand on a largement notre part de représentation. J’irai même jusqu’à dire que c’est égocentrique.
 
Je le dis souvent, mais je veux écrire pour tout le monde : je veux donc que tout le monde puisse trouver dans mes histoires des personnages forts auxquels s’identifier. Pas seulement les personnes blanches, valides et hétérosexuelles. 

Les difficultés que je rencontre

La toute première : ce n’est pas naturel. Je n’y ai pas été habituée. Mon imaginaire ne s’est pas construit sur cette diversité.
 
C’est-à-dire que je dois rester concentrer et vigilante quand je crée. J’en parlais dans mon article sur les personnages féminins : si je ne fais pas attention, mes personnages sont tous des hommes.
 
Au-delà de ça, si je ne fais pas attention, ils sont tous blancs, hétérosexuels, valides et avec une morphologie qui rentre dans les normes socialement établies de bonne santé et de beauté.
 
Cela me rajoute donc une réflexion au moment de la création des personnages, en plus de tout le reste. Ce n’est pas que je pèse le pour et le contre sur les avantages et inconvénients ou je ne sais quoi. C’est que je dois rester vigilante pour diversifier. 
 
Ensuite, je n’aime pas décrire mes personnages : j’aime bien laisser aux gens le soin de les imaginer. Sauf que j’ai découvert que les gens ont tendance à se les représenter blancs d’office, si rien ne laisse entendre le contraire. 
 
Pour que la diversité que je m’efforce d’inclure à mes œuvres soit visible, il me faut réussir à décrire mes personnages. 
 
Enfin, je me sens extrêmement maladroite quand j’essaie d’intégrer plus de diversité. 
 
Peur de mal faire, peur d’écrire des bêtises, d’utiliser un champ lexical blessant… C’est un risque qui est bel et bien présent quand on commence à parler de choses qui ne nous concernent pas. 
 
Cela m’a poussée à faire des recherches, à creuser des sujets, à apprendre toujours plus. 
 
C’est ainsi que j’ai découvert deux concepts.

Les ownvoices et les sensitive readers

Les ownvoices, ce sont les personnes concernées qui écrivent sur les sujets qui les concernent. Par exemple un roman évoquant le racisme écrit par une personne qui a souffert du racisme, ou encore un roman mettant en scène un personnage transgenre écrit par une personne transgenre. 
 
Ce sont des personnes qui savent de quoi elles parlent et je pense qu’il est important de leur laisser la parole et de les lire. Je ne dis pas qu’il ne faut pas écrire sur ces sujets si l’on est pas concerné, juste qu’il faut leur laisser de l’espace dans le monde de l’édition et de la littérature. Faire en sorte qu’elles ne soient pas invisibilisées ou noyées dans la masse.
 
Ensuite, les sensitive readers, ce sont des personnes qui proposent de relire un roman en se concentrant sur un sujet en particulier qui les concerne, pour relever les erreurs, les propos offensants, etc. 
 
Cela permet de s’assurer que l’on a pas écrit de bêtises ou de choses blessantes.
 
En français, le mot “démineur éditorial” circule, mais je ne l’aime pas. Il ne s’agit pas d’avancer ou non en terrain miné de peur que des gens râlent. Il ne s’agit pas de tout faire pour éviter un scandale. Il s’agit de faire en sorte de ne blesser personne. 

L’intention n’est pas du tout la même. On ne se méfie pas des gens qui pourraient se plaindre, on travaille pour eux, en prenant en compte leur bien-être également.

Ce que j'ai décidé de faire avec La Dernière guerre et pour la suite...

Je ne suis pas ownvoice, sauf quand il s’agit de parler de la condition de la femme blanche en France, ce qui en soit permet déjà de dénoncer pas mal de choses si je le souhaite. Du coup, je ne me sens pas légitime pour parler de nombreux sujets (et je ne le suis pas, en réalité).
 
Du coup, après une longue réflexion, j’ai choisi de participer à plus de diversité dans l’imaginaire en incluant plus de diversités dans mes univers, et en parlant de tout cela sur mon blog.
 
Au passage, Prince des Dragons a vraiment été un déclic pour moi : toutes les teintes de peau, du handicap, des orientations sexuelles différentes… Et c’est normal, c’est comme ça, c’est tout. Ce n’est pas mis en avant, ce n’est pas souligné, pour tous les protagonistes c’est normal et personne ne remet cela en question. Ce n’est pas là dessus que sont basés les conflits. C’est ça que je veux faire, moi aussi. 
 
Et c’est ce que j’ai fait pour La Dernière guerre. J’ai changé la couleur de peau de nombreux personnages, leurs prénoms également. J’ai également des personnages qui ont des orientations sexuelles homosexuelles, aromantiques… 
 
Pour l’instant, ce ne sont pas encore mes personnages principaux, mais j’y viendrai. 
 
Je prévois aussi d’intégrer des personnages handicapés et de varier les corpulences dans les prochains tomes.
 
De manière plus générale, tous mes projets littéraires ne comporteront pas autant de personnages, ce qui ne me permettra pas toujours de mettre autant de diversités, mais je garderai toujours cette réflexion de base au moment de la création de mes histoires.

Conclusion

Cet article est vraiment un point important de cette série “Ce que je veux écrire maintenant”. Je me suis rendue compte que je voulais vraiment militer pour une littérature plus inclusive.
 
Pour cela, je vais veiller à ce que mes ouvrages le soient, jusqu’à ce que ça devienne une habitude, mais je vais aussi en parler, encore et encore, autour de moi !

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