Ce que je veux écrire maintenant : plus de personnages féminins

juillet 6, 2020

Ce que je veux écrire maintenant : plus de personnages féminins

juillet 6, 2020

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Introduction

Il y a quelques temps, j’ai réalisé que quand je créais un personnage, c’était automatiquement un personnage masculin. Je crois que je m’en suis rendue compte pendant la correction de Hantise à Pensily, la prochaine aventure de Pavel Erkum.

Quand j’improvise un personnage secondaire : c’est un personnage masculin.

Mais au-delà de ça : tous les personnages principaux de Panique au Muséum sont des personnages masculins, sauf un. Et cet unique personnage féminin a gagné en importance grâce à l’intervention de mon éditeur.

Je crois que c’est à partir de là que j’ai commencé à réfléchir différemment lors de la conception de mes histoires.

Ma prise de conscience

C’est sur Twitter, en lisant de nombreux threads que je me suis rendue compte qu’il y avait un soucis de représentativité des personnages féminins, et que je me suis rendue compte que j’avais ce biais moi aussi.

J’ai longtemps été habituée à ce que les personnages principaux soient masculins (même si j’étais fan de Sailor Moon, je pense que ce n’était pas assez pour contrebalancé tout le reste !). De fait, mon imagination construit ses propres histoires de cette façon aussi.

C’est ainsi que je me suis retrouvée à vouloir écrire une histoire avec des personnages féminins solides : L’Éveil de l’Ombre.

Mais je voulais aller plus loin. Je veux des personnages féminins de tout âge, avec des situations variées, pour que tout le monde puisse trouver un personnage auquel s’identifier. Je veux qu’elles soient toutes fortes et solides, mais sans tomber dans les clichés habituels et horripilants.

Le cas de La Dernière guerre

Grâce à mon travail sur La Dernière guerre, j’ai pu mettre en application toutes mes idées et pensées.

Il faut savoir que j’ai écrit le premier jet de ce projet (le début) en 2013. À l’époque, il n’y avait qu’un seul personnage principal féminin. Tous les autres personnages principaux et secondaires étaient des hommes, sauf quand j’avais besoin de quelqu’un de jaloux, de manipulateur, de vicieux, de sot. Là, j’ai créé trois personnages féminins rien que pour ces rôles.

On le sent, quand même, le problème, non ?

Du coup, j’ai tout changé. Sur les 5 personnages principaux prévus pour le tome 1, je suis passée de un seul personnage féminin à quatre, et j’ai varié les âges. J’ai repris ces trois personnages féminins sots/manipulateurs/jaloux, et j’en ai fait des personnages féminins forts, que le lecteur aura plaisir à découvrir, à suivre et à apprécier, pour leurs forces et pour leurs faiblesses.

Et j’ai rééquilibré la balance, un peu, pour cette histoire.

Tomber dans l'excès inverse ?

On pourrait se dire qu’inverser complètement le ratio homme/femme au sein de mes personnages principaux revient à tomber dans l’excès inverse : trop de femmes pour peu d’hommes.

Cette crainte de tomber dans l’excès inverse, j’y reviendrai en long, en large et en travers plus tard, parce qu’elle est valable pour tous les points que j’aborderai dans cette série d’articles.

Pour cette fois-ci, je me contenterai de résumer les choses ainsi : ce n’est pas une seule histoire où le ratio est inversé qui fera tomber l’ensemble de la littérature dans l’excès inverse. On est large. On a le temps, avoir de tomber dans l’excès inverse. Et on n’y tombera pas, parce que ce n’est pas le but non plus.

Alors, comment écrire un bon personnage féminin ?

Bonne question, du coup ! Parce qu’écrire des personnages féminins, c’est bien, mais le faire correctement, c’est mieux.

Alors, la notion de “bon personnage” est toute relative, mais pas sur tous les points.

Globalement, je pense qu’on peut laisser tomber le personnage hypersexualisé qui n’est là que pour faire briller le protagoniste masculin d’une façon ou d’une autre, ou pour satisfaire ses désirs.

En fait, un bon personnage féminin, c’est un bon personnage. Et puis, on décide arbitrairement que ce sera une femme.

Parce qu’on s’en fiche, normalement, qu’un personnage soit féminin ou masculin. Si on dit qu’on se débarrasse des clichés et des tropes insupportables, alors un bon personnage, c’est un bon personnage, point.

Avec La Dernière guerre, je n’ai rien changé : j’ai juste décidé que les personnages changeaient de sexe. Que c’étaient des femmes, finalement. Et c’est tout. Et ça n’a rien changé à leurs rêves, leurs espoirs, leurs caractères, etc.

Pour moi, c’est comme ça qu’on crée un bon personnage féminin. On crée d’abord un bon personnage, parce que c’est ça qui compte.

3 Commentaires

  • Sandra Laguilliez juillet 17, 2020 at 10:04

    Très bel article et très instructif.
    Tu sais déjà ce que je pense de l’effet inverse parce qu’on en a déjà parlé ^^. Je suis d’accord avec toi dans le sens que l’on ne tombera pas dans l’excès inverse. En même temps, je ne pense pas que l’égalité ou les bonnes histoires passent par une question de quotas. Pour moi, c’est beaucoup plus que ça mais très complexe à expliquer.

    Je ne pense pas que l’on puisse totalement renier les stéréotypes. Il suffit de voir que certaines personnes jouent des stéréotypes de leur genre pour comprendre que ce n’est pas forcément quelque chose de mauvais ou de simpliste. Sans pour autant concevoir des personnages stéréotypés juste stéréotypés sans réflexion. Quand on discute avec certaines personnes, elles sont des stéréotypes parce qu’elles apprécient l’image qu’elles renvoient en public.
    Je crois que l’on devrait toujours partir des histoires et de celle du personnage pour “justifier” son caractère ou son comportement. C’est valable aussi pour l’hypersexualisation. Il suffit de voir dans la vie réelle, les pin-up sont clairement dans le cliché et pourtant les femmes qui s’habillent ainsi le font par plaisir personnel. Si on prend le cas de Dita Von Teese clairement on est dans la sexualisation du corps pourtant derrière, cette façade, il y a une brillante femme d’affaires. Pareil dans la fiction avec le personnage de Mevanwi dans Kaamelott. On aime ou pas ce type de comportement et on en pense ce que l’on en veut bien entendu.

    Pour moi, c’est plus une question de psychologie du personnage que de représentation en soi. Je pars toujours de la question : Qu’est-ce qui justifie que le personnage soit comme ça ?
    Bien sûr, le thème du roman et le message délivré par l’auteur ou l’autrice compte aussi énormément. Si on créer une personnage cliché pour dénoncer les clichés ou si on le fait pas misogynie, le résultat est clairement différent.

    En tout cas, je trouve que tu as raison d’explorer ces pistes et d’y réfléchir. C’est très intéressant de voir ton cheminement en tout cas et ça donne matière à penser.

    • KirkimaLatross juillet 17, 2020 at 10:10

      Merci pour ton commentaire !

      Je te rejoins sur ce que tu dis : c’est l’intention de départ qui est vraiment importante, en fait. Si c’est pour explorer des clichés consciemment et faire réfléchir dessus, c’est pas pareil que si c’est pas pure misogynie, c’est exactement ça, et c’est valable pour tout.

      J’ai vu un thread sur Twitter il y a peu qui parlait d’un trope qui consistait à tuer les personnages homosexuels. Les lecteurs homosexuels sont fatigués et blessés de ce trope, qui ne sert qu’à intensifier l’arc narratif du personnage principal qui est, lui, la plupart du temps, hétérosexuel, et à faire passer le méchant pour encore plus méchant. En revanche, quand c’est un auteur ownvoice qui fait mourir l’un de ses personnages homosexuels, il le fait pour des raisons différentes, il le fait avec sa sensibilité d’ownvoice, pour raconter une partie de sa douleur, de son histoire, etc. Il ne le fait pas purement par intérêt narratif. Et ça fait toute la différence.

      Et c’est difficile de savoir quand est-ce qu’on est blessant, quand on n’est pas concerné : d’où l’importance des sensitive readers du coup ! 🙂

      • Sandra Laguilliez juillet 17, 2020 at 1:17

        C’est vrai que c’est difficile de savoir quand on est blessant ou non. C’est le souci que pose l’art et les relations humaines, en général. Sauf que dans les relations personnelles c’est plus simple (ou pas) de montrer que l’on est blessé alors que l’art s’offre à tous et l’on n’a aucun contrôle sur la réception d’une oeuvre. Après je crois que même en ayant une démarche intelligente et humaniste, on pourra toujours blesser quelqu’un malgré toute la bonne volonté que l’on peut avoir car tout le monde est différent et que nous avons tous et toutes nos histoires. ^^

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